Le système éducatif néerlandais

 

Caroline Rey

Stage PLC2 Lettres Modernes à la Hogeschool de Rotterdam

Du 20/04/04 au 02/O7/2008

 

Le système éducatif aux Pays-Bas


A l'école des savoirs empiriques





 

 

 

 

 

Introduction:

 

Plutôt que de faire un compte rendu de nos différentes visites d'écoles ainsi que des cours auxquels nous avons assistés à la Hogeschool, il m'a paru intéressant d'essayer d'entamer une réflexion sur le système éducatif néerlandais et d'établir une petite étude comparative du système hollandais et du système français. L'hétérogénéité des écoles hollandaises permet de soulever de nombreux problèmes auxquels nous-mêmes sommes confrontés. Toujours les Pays-Bas s'efforcent d'apporter des réponses concrètes, des solutions à ces problèmes. La France a besoin du temps de la réflexion et ne réforme qu'à regret. Les hollandais ont peut être plus foi dans la modernité et le progrès. Reste qu'ils mettent en pratique, pour nous, des conceptions pédagogiques dont nous pouvons analyser les réussites et les échecs.

Cette analyse risque toutefois de manquer de profondeur et de rigueur. Je ne peux analyser de ce système que ce qu'on m'en a dit et montré et j'ai du système éducatif français une expérience forcément subjective. Cette présentation sera donc générale, analytique et partisane. La question du système éducatif, en effet, a toujours une dimension politique, idéologique, délicate à disséquer.

Tour d'horizon du système éducatif néerlandais

 

Les écoles étant en vacances nous avons profité de cette semaine pour suivre des cours sur le système éducatif néerlandais.

Ce système est très différent du nôtre. En premier lieu, ce n'est pas l'Etat qui gère à proprement parler le système éducatif. Il y a bien entendu des directives nationales, qui établissent un tronc commun, ainsi qu'un ministère de l'Education nationale mais les écoles sont privées. N'importe qui peut monter une école s'il a un minimum de signatures de parents prêts à mettre leurs enfants dans son établissement. De là le très grand nombre d'écoles confessionnelles (protestantes, musulmanes, catholiques...) mais aussi la très grande diversité des dispositifs didactiques mis en place par les équipes pédagogiques. Au Pays-Bas fleurissent les écoles Dalton et Montessori qui travaillent davantage à l'autonomie et à la créativité de l'enfant par exemple. Ce qu'on appelle école publique, aux Pays-Bas, ce sont en fait les écoles laïques. Pas de mutations, on passe un entretien d'embauche, on choisit son école, l'école vous choisit. S'ensuit une pénurie d'enseignants dans les écoles plus difficiles.

C'est un système très exotique pour un professeur français. La Hollande assume de ne pas croire au collège unique. Elle a échelonné les années d'acquisition des compétences du tronc commun en fonction de la section à laquelle appartient l'élève (je vous parlerai plus tard de l'orientation) et envisage de manière différente les enjeux de l'éducation. Alors que dans les années soixante Les Pays-Bas essayaient, comme nous, de faire accéder le plus grand pourcentage d'une classe d'âge jusqu'à leur équivalent du baccalauréat ils essaient maintenant de repérer les « talents » dès le primaire et de les former selon leurs compétences. C'est intéressant dans la mesure où cela peut éviter une dynamique d'échec, l'élève étant orienté plus tôt vers le système qui, « a priori », lui correspond le mieux (vers l'âge de douze ans environ). On reconnaît, également, leur plus grand pragmatisme. Ils se sont interrogés sur ce dont le pays avait besoin pour être compétitif à l'avenir. Mais cet enseignement privé a aussi ses limites. L'école ne commence qu'à quatre ans et le travail des femmes s'en trouve ainsi compliqué. Par ailleurs les enfants primo-arrivants intègrent l'école trop tard. Comme ils ne parlent pas néerlandais dans leur famille l'apprentissage est difficile. Les écoles peuvent ensuite faire des sélections selon le niveau de l'élève, mais elles peuvent également demander de gros frais d'inscription. Enfin l'absence de laïcité à l'école continue à me paraître problématique.

  
                                                L'orientation

 

Les élèves néerlandais commencent donc l'école à quatre ans même si les municipalités commencent à mette en place des pre-school en raison, notamment, de la difficulté pour les élèves dont les parents ne parlent pas néerlandais de l'apprentissage de la langue. Ils intègrent ensuite l'école primaire de leur choix, certaines proposant des cours en anglais dès la première année. Les élèves quittent l'école primaire un an après les élèves français, à douze ans. A la fin de ce cycle ils doivent passer un examen national, le CITO, qui décide en grande partie de leur orientation. En effet, c'est en fonction des résultats de l'élève à cet examen (même si, bien sûr, le contrôle continu tient une part importante) qu'on lui fera intégrer l'une ou l'autre des filières proposées par le système néerlandais.

Après l'examen du CITO l'élève a trois possibilités: le MBO, le HAVO, et le VWO. Plus de 60%ٛ des enfants néerlandais intègrent le MBO, c'est-à-dire la voie professionnelle, contrairement à ce que nous connaissons en France. Les bons élèves intègrent le HAVO et les plus brillants le VWO. Les néerlandais assument plutôt bien la dimension élitiste de leur système éducatif. Ils veulent accompagner et développer ce qu'ils appellent les « talents » individuels. De la même manière leur conception de la voie professionnelle ne correspond pas à la nôtre. A l'intérieur même du MBO plusieurs voies sont possibles:

  • la voix théorique (ou Mavo)

  • la voie mixte

  • la voie d'orientation professionnelle cadre

  • la voie d'orientation professionnelle de base

On est dans la dynamique inverse du système français avec ses 80% d'une classe d'âge atteignant le baccalauréat. Ainsi ce sont plutôt les très bons élèves qui sont « isolés » des autres. Très jeunes les élèves néerlandais intègrent une formation spécialisée même s'ils peuvent, en fonction de leurs résultats, changer de filière au cours de leur scolarité. Ils sont clairement préparés à la vie adulte et à l'enseignement supérieur. Depuis 1998, et le Studihuis, c'est l'analyse des phénomènes, le raisonnement par induction qui sont valorisés, plutôt que l'acquisition des savoirs. Les Pays-Bas sont davantage du côté des compétences. La culture livresque, elle, est surtout dispensée dans les VWO. Le VWO est lui-même composé de deux sections: l'Atheneum et le Gymnasium, le second étant réservé aux élèves étudiant le latin et le grec. Il y a une sélection même parmi les meilleurs élèves.

Quelque soit l'orientation qu'ils aient choisie les élèves doivent ensuite définir quel est leur domaine de compétences. Ils choisissent une spécialisation, thématique, puis procèdent à une sorte de panachage pour leur examen final où ils vont présenter un certain nombre de matières, au choix.

En effet, dans chacune des filières on choisit un domaine de spécialités. Au VMBO les élèves ont le choix entre:

  • Technique

  • Soins et bien-être

  • Économie

  • Agriculture

Les élèves du HAVO et du VWO ont eux aussi quatre possibilités:

  • Nature et technique

  • Nature et Santé

  • Économie et société

  • Culture et société

Enfin, les élèves qui intègrent le VMBO, l'équivalent du lycée professionnel ont le choix entre:

  • Technique

  • Économie

  • Prestation de services et soins de santé

  • Agriculture et milieu naturel

Nous l'avons dit, l'enseignement secondaire prépare à l'enseignement supérieur auquel nous allons maintenant nous intéresser. Les grandes écoles n'existent pas aux Pays-Bas. Les élèves du VWO peuvent aller à l'université, qui est de très haut niveau, quant aux élèves qui ont suivi le HAVO ou le MAVO ils peuvent intégrer une Hogeschool, sorte de fac formant concrètement à un métier, notamment à celui d'enseignant ou de travailleur social. Le système des concours n'existe pas. L'équivalent des « prépas » françaises prend sans doute place plus tôt, c'est le VWO et plus encore le Gymnasium qui l'incarne. Les études à l'université, avant la « graduation », durent cinq ans, et quatre dans les Hogeschool. Un étudiant de la Hogeschool qui a obtenu de bons résultats peut également faire une cinquième année d'étude à l'université. C'est un système assez complexe qui laisse néanmoins des passerelles entre les différentes formations.

Premières impressions des écoles

 

Un décor:

Les écoles, ici, ont un certain cachet. Souvent les collèges neufs ont des architectures très modernes, à l'image de la ville de Rotterdam, avec des verrières, des constructions dissymétriques... A l'intérieur en tout cas, que l'école soit neuve ou pas, tous les couloirs sont richement décorés par des productions artistiques d'élèves: peintures, collages, sculptures, petits « stands » d'exposition... Les salles ressemblent plus à celles de nos écoles primaires, très personnalisées. Dans les salles de biologie, en plus du squelette Martin on touve des tortues, des poissons, mais aussi des animaux conservés dans des bocaux (c'est d'ailleurs répugnant), des plantes vertes partout, des affiches de la faune et de la flore... Les élèves baignent dans ce qu'ils apprennent.

 

Une ambiance:

L'ambiance est généralement plus détendue ici, que ce soit dans les couloirs, les classes ou les salles des profs. Les directeurs d'écoles sont sans doute plus présents sur le terrain. Les élèves paraissent bien les connaître et s'adressent à eux très naturellement. Les relations entre les professeurs et les élèves sont également bien moins formelles et le rapport à l'autorité et à la discipline complètement différent. J'ai trouvé l'adaptation difficile au moment des premiers cours que j'ai donnés ici. Les classes sont très bruyantes. L'entrée en classe n'est pas vraiment ritualisée. Les élèves ont cinq minutes pour s'installer, cinq minutes pendant lesquelles ils parlent, se déplacent dans la classe. LA plupart du temps les professeurs n'attendent pas que les élèves se taisent pour commencer à parler, mais ceux-ci finissent par se taire quand le cours commence. Le niveau de tolérance vis-à-vis du bruit est beaucoup plus élevé, mais on peut ressentir qu'il y a moins de tension chez les élèves. Leurs journées, déjà, sont beaucoup plus courtes, ce qui les aide peut-être à réussir à se concentrer même dans une classe un peu agitée. Personnellement je trouve cela plus difficile. Enseigner dans ces conditions est très différent. La familiarité que l'enseignant peut avoir avec ses élèves ne nous est pas naturelle.

 

Une conception de l'éducation:

La fonction proprement éducative de l'école est beaucoup mise en avant en Hollande. Pas de débat sur le statut du professeur et des parents: la coopération se fait assez naturellement. D'ailleurs, à la Hogechool, la formation des enseignants n'est-elle pas une formation parallèle à celle des travailleurs sociaux? Voici les objectifs majeurs de l'école de base tels qu'ils sont définis par le ministère:

  • développement affectif et intellectuel de l'enfant

  • stimulation de la créativité

  • acquisition de savoir-faire sociaux, culturels et corporels (capacité à s'exprimer en public, à maîtriser sa voix et sa gestuelle...).

Ce sont les qualités qui serviront concrètement à l'enfant, dans sa vie professionnelle ou personnelle, qui doivent être stimulés par les personnels enseignants.

 

La formation des enseignants aux Pays-Bas

 

L'enseignement supérieur se divise en deux systèmes: le HBO, qui correspond à un enseignement professionnel supérieur (comme la Hogeschool de Rotterdam) et le WO, l'enseignement universitaire. Deux possibilités s'ouvrent pour les futurs professeurs. La majorité vont intégrer le HBO et suivre une formation professionnelle, avec des stages pratiques, dès la première année. Ceux qui intègrent le WO, eux, ne suivent qu'un enseignement théorique. Ces derniers sont les seuls à pouvoir faire cours aux deux dernières années du HAVO et aux tois dernières années du VWO. Cette formation universitaire correspondrait ainsi davantage à notre agrégation, à ceci près qu'ils n'est pas nécessaire d'être agrégé pour enseigner au lycée.

 

Formation des professeurs, Bachelor:

 

La formation proposée par le HBO, le LERO, est intéressante bien sûr mais a une limite fondamentale: la maîtrise de la discipline. Les étudiants commencent à donner des cours, sous la présence d'un professeur-tuteur, dès la première année. Plusieurs cours sont consacrés à des discussions portant sur les expériences concrètes que les étudiants ont faites dans ces cours. On s'interroge, très tôt, sur la didactique et, plus généralement, sur tous les aspects du métier. Néanmoins cela prend du temps. Cinq heures de cours seulement sont consacrés à la discipline. En français, par exemple, on ne demande pas aux étudiants une maîtrise parfaite de la langue. Les cours de littérature française et de civilisation sont très rares. Tout dépend de l'investissement personnel du professeur dans sa matière et de sa propre capacité à se former et à se cultiver. Pas de perfectionnisme par ailleurs. On est plus attentif au fait d'être capable de communiquer, de comprendre et de se faire comprendre, qu'à celui d'être un spécialiste.

Par ailleurs à côté des formations « regular » existent les « dual » qui correspondent peu ou prou à une formation par alternance (en fait les étudiants, dès leur deuxième année d'étude suivent un programme correspondant à notre deuxième année I.U.F.M, avec huit heures de cours en responsabilité), ainsi que des cours du soir. L'expérience qui nous manque à nos début ils l'acquièrent plus tôt, plus jeunes mais le professeur comme figure culturelle et intellectuelle trouve difficilement sa place, en tout cas dans les premières années de l'enseignement secondaire.

 

Formation des professeurs, master:

 

La formation que propose le WO, en revanche, est très proche de la nôtre, à ceci près qu'il n'existe pas de concours, les professeurs n'étant pas des fonctionnaires au sens où nous l'entendons. Cette formation dure cinq ans: quatre ans d'enseignement théorique puis, après la « graduation », un an de formation pédagogique et didactique.

 

Les Brede School

Avec les Brede school on veuit désenclaver l'école, la sortir de son isolement. L'école devient ouverte, aux parents notamment, mais également aux élèves bien après la fin des cours. On peut y trouver aussi bien un docteur qu'une salle de sport ou autres services Les directeurs de ce type d'école veulent créer une continuité dans le quotidien des élèves. C'est particulièrement intéressant dans des quartiers défavorisés. Nous avons visité une école primaire de type Brede school dans le quartier où nous vivons, Afrikaanderplein, où vivent essentiellement des gens d'origine étrangère. Dans cette école les parents peuvent suivre des cours de néerlandais et même d'anglais, des salles leur sont réservées où ils peuvent discuter. Les élèves, eux, suivent des cours d'anglais dès quatre ans et l'accent est mis sur l'apprentissage du néerlandais. Ces écoles reçoivent des subventions de la part de la municipalité pour mettre en place des projets liés à cette idée d'une extension des fonctions de l'école. Aux Pays-Bas, par exemple, les cantines scolaires n'existent pas. On n'a que demi-heure de pause le midi, en revanche on termine à trois heures. Dans cette école, le directeur s'est rendu compte que beaucoup d'enfant venait sans avoir déjeuné et ne déjeunait pas correctement le midi. Il a donc demandé la création d'un service de restauration et a obtenu gain de cause.

Nous avons également visité un établissement secondaire, le City Collège de Rotterdam. Les collèges néerlandais sont plutôt dépaysant avec leurs caméras, leurs grandes scènes avec rampes de lumières et leurs tableaux électroniques et vidéos projecteurs un peu partout. L'équipement informatique, également, est impressionnant: des salles informatiques à tous les étages, avec des ordinateurs pimpants... Une salle de sport aussi, où les élèves peuvent se rendre en dehors des cours et à laquelle les parents peuvent s'abonner... C'est un lieu vraiment très spécial. Un collège très cosmopolite mais catholique, en témoignent les gigantesques vierges aux murs et les vitraux (c'est d'ailleurs une espèce de chapelle qui sert de salle d'étude). C'est un des paradoxes de l'école privée. Quand l'école laïque interdit tous les signes ostentatoires d'une religion cet établissement, par exemple, interdit le port du voile mais affiche clairement son christianisme. On y suit, également, des cours de religion plutôt ambigus. Ce cours est orienté sur la religion catholique mais il vise surtout à mettre en avant les points communs, les liens entre les différentes religions. En bref c'est davantage l'athéisme qui est exclu que les autres religions. Le directeur, catholique lui-même, nous a expliqué que le choix d'une religion dépend du lieu où nous naissons ou du lieu où naissent nos parents, mais il y a une communauté dans la foi... Cours de religion obligatoires donc. Cette école est néanmoins un modèle de réussite quant à la mixité culturelle et sociale. Il y a une vraie valorisation de l'enfant en tant qu'individu autonome et capable, une conception très chère aux hollandais, mais également un retour à des règles strictes en matière de discipline.

Ces écoles sont ainsi le lieu d'expériences très intéressantes, notamment en ce qui concerne l'intégration des parents dans le système éducatif. Mais les écoles étant, rappelons-le, privées, c'est le directeur de l'école qui décide de sa « politique ». Nous avons ainsi rencontré la directrice d'une Brede school centrée sur le sport et les arts qui reveniquait la sélection à l'entrée de son école; une sélection fondée sur deux critères: les « talents » de l'enfant, encore une fois, les finances des parents ensuite.

Les visites que nous avons faites de ces différentes écoles montrent une fois de plus l'incroyable diversité du système éducatif néerlandais, une même appellation, générale, renvoyant toujours à un fonctionnement particulier. Il est rassurant de constater que les façons de transmettre sont multiples, relatives aux élèves comme aux équipes pédagogiques. Il est plus inquiétant que sous prétexte d'ouverture l'école se commercialise et qu'on y trouve des distributeurs de coca, de la publicité. A l'image des Pays-Bas l'école néerlandaise est plus libérale que l'école française.

 

Enseignement et expérimentations

 

L'air du temps

Comme nous l'avons déjà évoqué dans cette étude les priorités, en matière d'éducation, des Pays-Bas sont le développement de compétences et de savoir-faire davantage que l'acquisition d'un savoir encyclopédique ou même critique d'ailleurs. Ici on parle même de « stimulation de comportements sains ». L'adjectif peut laisser songeur mais il faut le comprendre dans son contexte, tout hollandais. Les tabous varient d'un pays à l'autre. Ici on nomme la « déviance ». Un travail de socialisation, en effet, ne fait jamais l'économie d'un travail de normalisation. Le libéralisme hollandais repose sur un contrat tacite d'obéissance aux normes établies. Une législation telle que celle appliquée ici fonctionnerait sans doute beaucoup plus difficilement en France. De la même manière les expériences faites en classe correspondent à un état d'esprit de l'ensemble de la communauté éducative ainsi que des enfants. Beaucoup moins de règles, mais des règles bien acceptées. Beaucoup plus de changements, mais sans angoisse. La transgression n'est jamais une valeur positive, la progression si.

Cette petite mise au point a pour but de souligner que les différentes expériences pédagogiques dont je vais vous parler s'inscrivent dans une dynamique générale. Leur application en France demanderait une adaptation aux spécificités d'un système national.

 

Dalton et Montessori

Les écoles Montessori existent aussi en France. Mais alors qu'il s'agit, pour nous, d'un système marginal c'est, en Hollande, une conception alternative, soit, mais très populaire. Bien-sûr le fait que les écoles soient privées encourage ce type d'initiatives. Les parents, d'ailleurs, sont souvent favorables à ces formations « modernes ». L'élève est autonome, l'éducation individualisée. L'enfant, en effet, est le propre maître d'oeuvre de son apprentissage. Il connaît, à l'avance, le programme du trimestre et peut ainsi aller à son propre rythme et s'avancer dans les matières où il réussit le mieux. La progression d'un élève dans une discipline ne doit pas dépendre de la progression du groupe classe/ Les équipes enseignantes pensent que le fait de ralentir un élève dans sa dynamique d'apprentissage va le démobiliser et l'empêcher de s'investir sérieusement. Les méthodes de travail doivent être individualisées.

 

Les matières artistiques à l'école

Les matières artistiques sont elles aussi clairement valorisées. Théâtre obligatoire, chaque année (pratique qui est d'ailleurs répandue dans nombre d'écoles néerlandaises), jusqu'à l'âge de quinze ans environ. Aux Pays-Bas presque tous les élèves on déjà participé à la création d'un spectacle: comédie musicale, pièce de théâtre...

L'art peut également être un moyen pédagogique. Ainsi, dans la première école que nous avons visitée, les élèves suivaient des cours d'infographisme. La maîtrise des TICE passe ainsi par une production artistique. Les élèves avaient réalisé eux-mêmes, par groupes de deux (le travail de groupe étant toujours valorisé), de petits films d'animations.

Pas de débat, non plus, sur le fait de vouloir faire des artistes des élèves ni sur celui de les évaluer à partir d'une production artistique. L'art n'est pas sacralisé mais manipulé. Il fait partie intégrante de la vie quotidienne et permet de développer tout un panel d'aptitudes cognitives. Les Pays-Bas ont parfaitement intégré le fait que l'Europe ne peut rivaliser avec le reste du monde qu'en termes de créativité et de recherche aux vues de ses capacités de production. On stimule chez l'enfant ce dont la société à venir aura besoin.

 

Les jardins (ou domaines) d'apprentissage

Les expériences éducatives néerlandaises sont toujours intéressantes en théorie elles peuvent aussi être inquiétantes en pratique. Notre visite d'un jardin d'apprentissage dans l'agglomération de La Haye nous a ainsi permis d'observer les risques d'une trop grande individualisation des apprentissages. Individualiser, concrètement, revient trop souvent à exclure: les distraits, les agités, les lents... Analyse d'un système qui, selon moi, favorise le développement des inégalités.

Dans les jardins (ou domaines d'apprentissage) le professeur est plus un adulte référent qu'un enseignant. Les cours durent une heure trente. Pendant la première demi-heure les élèves travaillent en autonomie et doivent avancer dans leur programme (qui leur est donné longtemps à l'avance). Ils doivent normalement travailler la discipline du professeur présent mais s'ils ont terminés les objectifs de la semaine dans cette matière ils peuvent choisir ce qu'ils veulent étudier. Respect du rythme d'apprentissage toujours. Ils ont le droit, à ce moment, de parler entre eux (pour s'aider...) , de se lever, de se déplacer dans la classe... Sus aux contraintes. Ensuite, le professeur fait un point « leçon » qui dure 25 minutes, dans une autre salle (le temps de se déplacer et de s'installer comptez dix minutes/un quart d'heure de cours effectif), puis les élèves doivent faire « silence » pendant 25 minutes et se remettrent, tout seul, à leur programme. Comment donc, me direz-vous, avancer sans leçon? Et bien grâce à des word-book, des livres d'exercice. Pour un observateur extérieur ce que font les enfants ici revient ni plus ni moins à remplir des cahiers de vacances.

Si je suis si dure avec ce système c'est, tout d'abord, parce qu'il n'y a aucun contenu. Sous prétexte de laisser l'élève construire ses savoirs on l'en prive. Par ailleurs les adolescents néerlandais ne sont pas des extraterrestres. Quand on leur laisse trente minutes pour travailler (et dans le bruit la première demi-heure) les sérieux s'y mettent et les autres baillent aux corneilles. J'ai vu un enfant ne rien faire pendant une heure et demi sans qu'aucun adulte ne s'intéresse à lui. Un autre problème: un enfant peut faire en une semaine tout le programme de français du mois, par exemple. Dans ce cas, à l'exception des 20 minutes du point leçon, il ne fera plus de français pendant tout ce temps.

Ce type de cours est enfin assuré dans d'immenses salles où trois classes sont présentes. 60 élèves, donc, dans la même pièce, qui ont le droit de parler et de se déplacer... Vraiment, je n'adhère pas.

 

Les sciences en pratique

Ici les sciences se pratiquent façon Claude Bernard: observation-hypothèse-vérification. J'ai déjà parlé de l'organisation des classes de science elles-mêmes, regorgeant de trésors naturels tels des serpents conservés en bocaux ou des animaux empaillés. On aime ou on n'aime pas, reste que c'est instructif.

Le travail sur le terrain est lui aussi privilégié, surtout avec un public urbain qui n'a que peu de contacts avec la nature. Lors des sorties « biologie » les élèves se livrent à un véritable travail d'investigation. A eux de tirer leurs propres conclusions des observations qu'ils ont faites. C'est une mise en situation à la fois ludique et constructive.

A ce propos voir l'article « La biologie à l'école ».

 

les villages de langue

Nous avons participé à une expérience très enrichissante en ce qui concerne l'enseignement du français langue étrangère: les villages de langue. C'est un concept qui a été créé il y a dix ans par un professeur de français. Encore une fois nous sommes dans la mise en situation concrète.

Dans le collège de La Haye où nous nous sommes rendues, le professeur avait recréé un vrai petit village français avec son restaurant, son café, sa supérette, sa m.j.c., son commissariat, sa gare et son office de tourisme. J'ai été personnellement affectée au restaurant « Les trois brasseurs » où je faisais office de serveuse. Les élèves devaient être capables de demander une table, de commander leur repas et de demander des précisions sur les plats proposés, de féliciter le chef ou au contraire de lui signifier que son entrecôte n'était pas cuite, et enfin de demander l'addition après avoir poliment refusé le café offert par la maison. Il m'a fallu tout mon talent d'actrice pour faire croire que sur ma paume tendue reposait un boeuf bourguignon fumant, n'empêche que ces élèves, s'ils viennent passer leurs vacances en France, épateront leur famille à laquelle ils pourront rendre de fiers services. En effet, toutes les situations recréées dans le village de langue témoignent d'un souci de la pratique réelle que les élèves ont du français: une pratique de touriste. On apprend à faire ses courses, à demander un plan de la ville, à faire une déclaration de vol et à décrire son agresseur... (Notons au passage que le pauvre policier français doit demander bêtement à l'élève néerlandais ce qu'est un « i-pod » car, c'est bien connu, ces français du Sud qui vendent des glaces à l'italienne sont un peu arriérés!).

Avec nous une vingtaine de parents ou d'étudiants francophones avaient été mobilisés pour l'occasion. Chaque lieu était parfaitement décoré et beaucoup parmi nous portaient un déguisement, par souci de réalisme bien-sûr, ce qui amusait beaucoup les enfants. C'est avec nous, toutefois, que la situation pratique est devenue tout à fait réaliste. En effet, comme nous ne parlons pas néerlandais les élèves étaient contraints, lorsque nous ne nous comprenions pas, de reformuler, de répéter, de réécouter. Tout cela sur fond d'Edith Piaf! Enfin, pour continuer à parler réalisme, les plus à l'aise nous ont commandé une bouteille de notre meilleur Bordeaux, mais il reste que la majorité des élèves accompagne son escalope normande ou son entrecôte bordelaise d'un bon petit verre de coca.

L'anglais aux Pays-Bas

 

Je ne parle pas un traître mot de néerlandais et pourtant je vis aux Pays-Bas depuis plus d'un mois sans que cela constitue un problème majeur. Ici nous communiquons en anglais, en permanence, ou en français, assez souvent, car avec l'allemand c'est une seconde langue étrangère relativement populaire. L'expérience inverse ne fonctionnerait sans doute pas, un « deutch » en France qui ne pipe mot au français... C'est la réputation que nous avons ici. Les étrangers assez généralement d'ailleurs, à ce qu'on entend dans la common room de notre résidence Erasmus, nous soupçonnent de suffisance. Le français nous suffit. Les néerlandais, au contraire, maîtrisent pour la plupart parfaitement la langue anglaise.

Un programme appelé « early birth » a été mis en place dans certaines écoles primaires. Les enfants suivent des cours en anglais dès l'âge de quatre ans, sous forme ludique: chanson, théâtre... De nombreux lycée proposent des sections bilangues qui vont plus loin dans l'apprentissage de la langue que nos sections européennes ou autres: tous les cours, à l'exception du néerlandais et des mathématiques, sont dispensés en anglais. Seuls peut-être les lycées internationaux proposent ce type de formation en France.

Par ailleurs c'est la société néerlandaise elle-même qui constitue un terrain favorable à l'apprentissage de l'anglais. Tous les films sortent au cinéma en version originale sous-titrée. Dans la rue on peut voir beaucoup d'affiches publicitaires en anglais, les radios diffusent essentiellement des tubes américains ou britanniques, la langue néerlandaise elle-même étant à la croisée de l'anglais et de l'allemand. De la même manière que les langues latines, les langues du nord de l'Europe ont entre elles une certaine familiarité, en ce qui concerne la prononciation par exemple. Reste qu'ils parlent anglais couramment. Et cette compétence est également liée à leur pragmatisme. L'anglais est une langue-outil pour l'économie, le commerce, le tourisme etc... que les néerlandais maîtrisent à la perfection.

  

La politique de la ville en matière d'éducation

 

Nous avons eu la chance de rencontrer un responsable de la mairie de Rotterdam détaché au service « jeunesse, sport et éducation ». La municipalité, qui est directement en charge des écoles de son secteur, a un rôle prépondérant dans la « politique » d'éducation. A Rotterdam on possède un système digne de Big Brother: tous les logiciels de gestion des absences type « sconet » sont reliés à la mairie qui est informée de la moindre absence. Les parents doivent justifier très rapidement ces absences et fournir des certificats médicaux sous peine d'amendes. Ceci avait surtout pour but de limiter les absences des élèves qui passaient l'été au « bled ». L'argument financier a d'ailleurs été très efficace car ces vacances prolongées ne sont plus de mise. La méthode est plus brutale qu'en France. Le dialogue avec les populations immigrées n'est d'ailleurs pas le même. Nous avons été étonnées que certains professeurs nous présentent leurs classes, devant les élèves, en fonction de leur origine ethnique: surinamiens, marocains, turcs, hollandais; des élèves qui, par ailleurs, étaient tous nés aux Pays-Bas! Les deux pays ont eu une politique, en matière d'immigration, totalement différente. Comme en Angleterre on a mené ici une politique d'intégration (on conserve sa culture tout en s'adaptant à la culture néerlandaise) quand la France a toujours mené une politique d'assimilation (appropriation de la culture française); politique qui a d'ailleurs suscité plus de tensions qu'aux Pays-Bas. Ceci, d'ailleurs, est lié à la question de la laïcité puisqu'une politique d'assimilation n'a de sens que dans le cadre d'un État laïque. On ne peut pas imposer une conversion religieuse, en revanche on peut exiger l'adhésion à un certain nombre de principes républicains. Autre point commun avec l'Angleterre: les Pays-Bas sont une monarchie parlementaire, et si la reine Beatrix n'exerce que des pouvoirs symboliques ceux-ci n'en ont pas moins de l'influence sur le fonctionnement politique du pays. Une courte digression destinée à donner quelques pistes pour mieux comprendre notre étonnement face à un professeur de français qui nous expliquait qu'il n'y avait pas de néerlandais dans sa classe. Ce qui, en France, aurait une dimension discriminatoire semble normal ici. On parle, d'ailleurs, des « black schools », les écoles composées uniquement d'enfants d'origine africaine ou nord africaine. Alors qu'en France ce sont les zones de pauvreté et de chômage, les banlieues, qui ont concrètement créé des sortes de « black school » ici c'est un système peut-être encore plus pervers (si l'on peut vraiment faire une comparaison entre discrimination et discrimination...) car, les parents choisissant l'école de leurs enfants, les blancs qui vivent à proximité d'écoles composées majoritairement d' « immigrés » (de quelque génération que ce soit...) inscrivent leurs enfants dans des écoles blanches plus éloignées. Toutefois, la suppression de la carte scolaire annule cette différence entre les deux systèmes. Je n'ai pas vraiment de conclusion à faire à ce sujet. Je me pose seulement beaucoup de question, à force de voyager en Europe, sur la pérennité de tous ces humanismes européens si constamment convoqués au moment de résumer notre matière culturelle nationale.

« Les points négatifs et les points positifs »

 

Voilà un des plaisirs de l'esprit pragmatique hollandais que je ne goûte pas: les points négatifs et les points positifs. A l'issue de n'importe quelle réunion, d'un cours, d'une formation, d'une expérience, on doit dresser des listes, par écrit, et selon un manichéisme avoué type: bien / pas bien. Par souci d'intégration je vais toutefois me plier à l'exercice ce qui, en ce cas précis, a certains avantages. L'exercice de la dissertation, qu'on ne connaît pas ici, et ses exigences dialectiques mériterait que je sois plus savante. Je ne me pose nullement comme une spécialiste du système scolaire hollandais. Il ne peut s'agir, fondamentalement, que d'un jugement de valeur; de valeur nationale, personnelle, professionnelle...

 

Points négatifs

Points positifs

  • Seule l'école publique peut garantir l'égalité, grâce à la laïcité notamment.

  • Certaines écoles peuvent ressembler à des entreprises. De leur rentabilité dépend leur avenir. Si les résultats des audits ne sont pas bons moins d'inscrits donc moins d'argent, bien entendu, mais le risque, également, de devoir fermer ses portes.

  • Certaines expériences didactiques peuvent s'avérer désastreuses. En témoigne l'exemple des jardins d'apprentissage.

  •  Conscience sans science ne ruine-t-il pas un peu l'âme? A force de mettre l'accent sur l'autonomie des élèves on néglige le savoir livresque. Le pragmatisme ne s'inquiète guère du littéraire. L'apprentissage de l'art à l'école est toujours dans le faire, on est acteur et non pas spectateur. Mais cet apprentissage a pour but de développer des qualités de sociabilité et de créativité. Si l'on a dépassé l'ère de la vénération des classiques, il est bon de perpétuer la confrontation à autrui qui trouve sa plus forte expression/impression dans l'art. Les Pays-Bas sont très présents dans l'avant-garde, là n'est pas la question, mais cela concerne une minorité. Or sans un apprentissage minimum de l'histoire de l'art comment en saisir les transgressions, les détournements?

  • La variété des écoles néerlandaises et la liberté pédagogique permettent d'adapter la façon d'enseigner aux élèves.

  • Si le collège unique est une ambition remarquable il n'empêche que beaucoup d'élèves, en France, s'inscrivent très tôt dans une dynamique d'échec parce qu'on nivelle moins les exigences. Ici la voie professionnelle n'est pas dénigrée, moins dénigrée, et le fait de l'intégrer plus tôt peut permettre à certains élèves de reprendre confiance en eux. C'est une question épineuse. Choisir son orientation à douze ans reste extrêmement difficile et prématuré.

  • La société néerlandaise est exemplaire quant à l'apprentissage de l'anglais et des nouvelles technologies. Or cette modernité ne favorise pas seulement sa économie mais aussi son dynamisme culturel. Voilà un pays à la pointe de l'architecture, du design, de l'art contemporain (le détournement d'objets par exemple). Une illustration concrète: dans l'équivalent de la fnac hollandaise les rayons consacrés au design sont plus nombreux que ceux consacrés à l'histoire de l'art, le nombre d'ouvrages sur la photographie et l'art contemporain est conséquent et le choix éditorial de ce type d'ouvrages est lui aussi différent, moins encyclopédique, plus stylisé.

 

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